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Salle de restaurant, table dressée avec ses verres à pied et ses serviettes pliées

Avis de M Menuge, restaurateur à Outreau dans le Boulonnais

M Menuge dirige O Gout du Jour, un restaurant traditionnel d'Outreau, dans le Boulonnais. Deffiperf Gestion l'accompagne sur le volet finances et contrôle de gestion. Il a déposé un avis public sur cette mission. Nous le reproduisons ci dessous sans y toucher, et nous en profitons pour poser ce qui rend le pilotage d'un restaurant traditionnel différent de celui de n'importe quelle autre petite entreprise.

Une mission de gestion dans un restaurant de quartier

Un restaurant traditionnel du Boulonnais, c'est une salle, une cuisine, une carte qui suit les arrivages et une équipe réduite où chacun tient plusieurs postes. Le dirigeant y est rarement derrière un bureau. Il est en cuisine ou en salle exactement aux heures où le chiffre d'affaires se fabrique, et il retrouve ses papiers le soir, quand la journée a déjà fait son travail.

C'est la première difficulté du métier, avant même les chiffres. L'information existe pourtant : la caisse enregistre chaque couvert, les factures fournisseurs arrivent chaque semaine, la banque tient le compte à jour. Ce qui manque, c'est le moment pour la regarder. L'accompagnement porte donc autant sur le rythme que sur la technique. On fixe une heure dans le mois, on choisit deux ou trois indicateurs qui parlent au dirigeant, et on s'y tient.

Le volet finances et contrôle de gestion recouvre ici des choses très concrètes. Savoir ce que rapporte réellement une famille de plats. Comprendre l'écart entre le chiffre d'affaires d'un mois et ce qui reste sur le compte à la fin. Préparer les échéances connues à l'avance plutôt que de les découvrir. Rien de tout cela n'exige un outil de grand groupe. Cela exige de la régularité.

Le point de départ est presque toujours le même : la caisse. Elle sait déjà combien de couverts sont passés, à quelle heure, pour quel montant, et avec quelle répartition entre les entrées, les plats, les desserts et les boissons. Cette donnée existe sans effort supplémentaire, elle est simplement rarement exploitée au delà du ticket Z de fin de journée. La croiser avec les achats du mois et les heures payées suffit à répondre à la plupart des questions de gestion d'un restaurant de cette taille.

L'avis de M Menuge

Voici son commentaire, publié tel qu'il l'a écrit.

« personne très efficace et de très bon conseil »

M Menuge, restaurateur à Outreau dans le Boulonnais

Merci à vous pour l'accueil et pour la qualité d'une restauration traditionnelle simple mais soignée. La suite de cette page ne parle plus de la mission. Elle parle du métier, et de ce qu'un restaurateur a intérêt à surveiller dans ses propres comptes, qu'il travaille un jour avec nous ou non.

Où part l'argent d'un couvert

La Banque de France publie chaque année des ratios médians par secteur. Pour la division 56, qui couvre la restauration, les données 2024 portent sur 8 768 entreprises. Selon ces données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises de la restauration se situe en dessous d'un taux de valeur ajoutée de 46,7 % du chiffre d'affaires. Sur cent euros encaissés, une bonne moitié repart donc immédiatement chez des tiers : les matières premières, les boissons, le loyer, l'énergie, les assurances, la maintenance, les honoraires.

Ce qui reste, la valeur ajoutée, sert d'abord à payer les gens. Toujours selon ces mêmes données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises du secteur consacre moins de 77,5 % de ses revenus répartis aux charges de personnel. Le chiffre explique à lui seul pourquoi une heure de travail mal placée coûte si cher dans ce métier : elle est prélevée sur la part la plus disputée du compte de résultat. Ce qui subsiste au bout de la chaîne est mince. La moitié des entreprises se situe en dessous d'un taux d'excédent brut global de 8,8 % du chiffre d'affaires.

Trois medianes de la restauration selon les donnees 2024 de la Banque de France : 100 pour cent de chiffre d affaires, 46,7 pour cent de valeur ajoutee, 8,8 pour cent d excedent brut globalLecture : selon les données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises de la restauration se situe en dessous de 46,7 % de taux de valeur ajoutée et de 8,8 % de taux d'excédent brut global.Médianes de la division 56, données 2024, en % du chiffre d'affaires100 %46,7 %8,8 %Chiffre d'affairesValeur ajoutée médianeExcédent brut global
Lecture : selon les données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises de la restauration se situe en dessous de 46,7 % de taux de valeur ajoutée et de 8,8 % de taux d'excédent brut global.

L'INSEE, sur des données 2023, situe le taux de valeur ajoutée de la restauration à 41,0 % et le taux de marge de l'hébergement et de la restauration à 19,8 %. Les deux sources ne mesurent ni la même population ni exactement les mêmes agrégats. C'est justement l'enseignement à en tirer : un ratio extérieur situe, il ne remplace pas le vôtre.

Vos propres ratios ne sont d'ailleurs pas à calculer de zéro. Ils figurent dans le tableau des soldes intermédiaires de gestion de votre liasse fiscale : valeur ajoutée, excédent brut d'exploitation, résultat courant. Le seul travail consiste à les rapporter à votre chiffre d'affaires, puis à les suivre d'un exercice à l'autre. Une variation de deux points sur le taux de valeur ajoutée mérite une explication, et cette explication se trouve presque toujours dans un poste précis : un fournisseur qui a augmenté, un loyer révisé, une carte qui a glissé vers des produits plus chers sans que les prix de vente aient bougé.

À retenir Il n'existe aucune répartition publique fiable entre le coût matière, la masse salariale et le loyer d'un restaurant. Les grilles toutes faites qui circulent ne s'appuient sur aucune source vérifiable. La seule répartition qui serve à piloter est celle qui sort de vos comptes, mois après mois.

Quatre points de contrôle qui déplacent la marge

Avec un excédent brut global médian sous 9 % du chiffre d'affaires, un point de marge gagné ou perdu n'est pas un détail comptable : il change le résultat de l'année. Les quatre points ci dessous ne demandent aucun investissement, seulement une discipline de relevé.

  • Le coût matière par plat

    Une fiche technique par plat de la carte, avec les grammages réels et le prix d'achat du jour. C'est le seul moyen de savoir quel plat porte la marge et lequel la mange.

  • La taille de la carte

    Chaque référence supplémentaire immobilise un produit qui peut ne pas se vendre. Réduire la carte fait souvent plus pour la marge qu'augmenter les prix.

  • Le contrôle des achats

    Rapprocher systématiquement le bon de livraison de la facture, comparer les tarifs à intervalle régulier, regrouper les commandes pour limiter les frais de livraison.

  • Les heures réellement travaillées

    Comparer le planning à la fréquentation par service, et non au mois. Les heures excédentaires se logent presque toujours sur les créneaux creux, jamais sur les coups de feu.

Un crédit fournisseur qui ressemble à de la trésorerie

Voici le fait de gestion le plus utile du secteur, et le plus mal compris. Selon les données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises de la restauration présente un besoin en fonds de roulement d'exploitation inférieur à moins 28,4 jours de chiffre d'affaires. Un besoin en fonds de roulement négatif signifie que l'exploitation ne consomme pas de trésorerie : elle en produit.

La mécanique est simple. Le client paie comptant, à la fin du repas. Le stock tourne vite. Les fournisseurs, eux, sont réglés à terme. L'argent des couverts servis cette semaine est donc encaissé bien avant que les factures correspondantes ne soient exigibles. Tant que l'activité se maintient, ce décalage se comporte comme une avance permanente, gratuite, renouvelée chaque jour.

Le piège tient en une phrase : cette ressource n'est pas un résultat, c'est un décalage. Elle ne survit que parce que le flux d'entrée reconstitue en permanence le stock d'argent disponible. Le jour où l'activité recule, les encaissements baissent immédiatement, alors que les dettes fournisseurs des semaines précédentes restent intégralement dues. L'entreprise se met à financer un chiffre d'affaires passé avec une caisse présente réduite. Un solde bancaire confortable en pleine saison ne dit donc rien de la solidité du modèle, et un dirigeant qui prend ce solde pour une réserve se trompe de lecture.

Le test tient en dix minutes et se refait chaque mois. Prenez le solde de vos comptes aujourd'hui, retranchez les factures fournisseurs déjà reçues et non encore réglées, les salaires et les charges sociales du mois, la prochaine échéance de TVA et les mensualités d'emprunt à venir. Ce qui reste est votre marge de manoeuvre réelle. Elle est souvent très inférieure à ce que le relevé bancaire laissait croire, et c'est cet écart qu'il faut apprendre à regarder plutôt que le solde brut.

Point de vigilance L'hébergement et la restauration comptent 9 434 défaillances en 2025. Au deuxième trimestre 2025, la restauration traditionnelle progresse de 21 % sur un an, quand la restauration rapide recule de 3 % et l'hébergement de 20 %. Le segment traditionnel est celui qui se dégrade, pas le secteur dans son ensemble.

Ce que Deffiperf installe chez un restaurateur

La mission ne consiste pas à produire un document de plus. Elle consiste à mettre en place une boucle courte, tenable en une heure par mois, que le dirigeant fait ensuite tourner seul.

Boucle mensuelle de controle de gestion en quatre etapes : relever, rapprocher, comparer, decider, puis retour au releve du mois suivantSchéma qualitatif du rythme de suivi mis en place, sans donnée chiffrée.La boucle mensuelle, une heure par moisReleverCaisse, achats,heures, banqueRapprocherBons de livraisonet facturesComparerAu mois précédentet à l'an dernierDéciderUne action,une seule
Schéma qualitatif du rythme de suivi mis en place, sans donnée chiffrée.

Deux prestations prolongent naturellement ce socle. Le suivi des marges et de la rentabilité économique descend au niveau des familles de produits et répond à la question du plat qui rapporte. La réduction et la maîtrise des coûts reprend un par un les postes d'achat, les contrats d'énergie, d'assurance et de maintenance, là où les économies sont durables parce qu'elles ne dépendent pas du volume d'activité.

Deux échéances méritent une place dans ce calendrier de suivi. La première : toute entreprise assujettie à la TVA doit être en capacité de recevoir des factures électroniques au 1er septembre 2026, via une plateforme agréée, et il n'existe aucune solution publique gratuite d'échange. Un restaurant reçoit des factures fournisseurs chaque semaine, il est donc concerné dès cette date, même s'il n'émet lui même que des tickets. L'obligation d'émettre suivra au 1er septembre 2027 pour les TPE et les PME. La seconde : le permis d'exploitation, obtenu après une formation de 20 heures, est valable 10 ans. Sa date de renouvellement se note dans un agenda, pas dans un tiroir.

M Menuge a déposé un second avis trois mois plus tard, publié en cours de mission.

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