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Mains d'un intervenant en réunion, participants attablés en arrière plan flou

Comment mettre en place rapidement un management visuel ?

Le management visuel consiste à rendre visible, au même endroit et pour tout le monde, ce qui pilote réellement l'activité. Un tableau au mur, des indicateurs tenus à jour, un point court devant ce tableau: le dispositif tient en peu de choses. Sa difficulté n'est pas de le monter, elle est de le faire vivre au-delà du premier mois. Voici la méthode, les indicateurs qui fonctionnent dans une TPE et les pièges qui font mourir un tableau.

Ce qu'un management visuel affiche vraiment

Un tableau de management visuel n'est pas un reporting mural. Il ne sert pas à montrer aux équipes ce que la direction sait déjà, il sert à leur donner de quoi décider dans la journée. La différence se voit à un détail: si personne ne change quoi que ce soit à son travail après avoir regardé le tableau, celui-ci ne pilote rien. C'est la même exigence que celle qui gouverne le choix de vos indicateurs de pilotage: une donnée qui ne déclenche aucune action est une donnée à supprimer.

Trois familles d'informations trouvent naturellement leur place sur ce support. La charge de travail à venir d'abord: ce qui est engagé, ce qui reste à produire, ce qui bloque. La qualité ensuite: retours clients, reprises, anomalies constatées. La sécurité enfin, avec les événements survenus et les presque accidents. Ces trois familles ont un point commun: elles se constatent sur le terrain, elles ne se calculent pas depuis un logiciel comptable.

Le support importe moins qu'on ne le croit. Un tableau blanc et quatre feutres suffisent, et sont même préférables au départ. L'écran connecté a un défaut redoutable dans une petite structure: personne ne peut y écrire à la main, donc personne ne se l'approprie. Commencez avec ce que l'équipe peut modifier elle-même, vous industrialiserez plus tard si le rituel s'est installé.

Choisir des indicateurs qui tiennent la semaine

Un indicateur de management visuel doit passer trois filtres avant d'être retenu, et l'expérience montre que la plupart des candidats en échouent au moins un. Le premier filtre est la pertinence: l'indicateur parle du travail de ceux qui le regardent. Le deuxième est la disponibilité de la donnée. Le troisième est l'origine du choix. Ces mêmes filtres structurent nos travaux sur le suivi de l'activité chez nos clients.

  • Pertinent pour l'équipe

    L'indicateur porte sur ce que les personnes présentes peuvent faire varier par leur action. Sinon il est subi, jamais utilisé.

  • Disponible sans retraitement

    La donnée s'obtient en quelques minutes, sans export ni recalcul. Un indicateur qui demande une demi-journée ne sera pas tenu.

  • Choisi avec les salariés

    Les indicateurs sortent d'une consultation entre équipes et encadrement. L'appropriation vient de là, et de nulle part ailleurs.

  • Lisible à trois mètres

    Un chiffre qu'il faut s'approcher pour lire ne sera pas lu. Grand format, peu de lignes, une couleur pour l'écart.

La consultation des salariés n'est pas un geste de courtoisie, c'est le fondement du dispositif. Une personne qui a participé au choix d'un indicateur se considère partenaire du projet et le fait vivre. Une personne à qui l'on impose un tableau y voit un outil de contrôle et s'organise pour qu'il dise ce qu'on attend. En parallèle, les arbitrages du dirigeant doivent être expliqués: si une proposition n'a pas été retenue, il faut dire pourquoi. Les équipes ont été conviées à la démarche, elles doivent l'être jusqu'au bout.

Limitez-vous à cinq ou six indicateurs pour démarrer. Un tableau saturé produit exactement le même effet qu'un tableau vide: le regard glisse dessus. Il vaut mieux trois chiffres justes, tenus tous les jours, que douze chiffres approximatifs mis à jour quand quelqu'un y pense.

Monter le tableau en cinq étapes

La mise en place tient en une semaine dans une entreprise de moins de vingt personnes, à condition de traiter les étapes dans l'ordre et de ne pas commencer par le support.

  1. Nommer la question à laquelle le tableau répond

    Une seule question, formulée simplement: tenons-nous les délais, où en est la charge de la semaine, quelles anomalies reviennent. Le reste découle de là.

  2. Réunir l'équipe une heure

    Faites proposer les indicateurs par ceux qui font le travail. Notez tout, y compris ce que vous ne retiendrez pas, et expliquez vos arbitrages en séance.

  3. Localiser le tableau

    Sur le lieu de travail, pas dans un bureau. Là où l'équipe passe déjà, à un endroit où dix personnes peuvent se tenir debout.

  4. Désigner qui met à jour et quand

    Un nom et un horaire précis. Sans cela, la mise à jour retombe sur le dirigeant, puis s'arrête au premier déplacement.

  5. Poser le rituel dans l'agenda

    Un créneau court et récurrent, à heure fixe. Le rituel est ce qui transforme un tableau en outil de pilotage.

Schema de lanatomie dun tableau de management visuel en quatre zones: activite du jour, qualite et anomalies, points bloquants, actions et responsablesSchéma qualitatif des quatre zones d'un tableau: le regard va du constat, en haut, à la décision, en bas à droite.Anatomie d'un tableau de management visuelZone 1 : activité du jourCe qui est engagé, ce qui reste à produireZone 2 : qualité et sécuritéRetours clients, reprises, événementsZone 3 : points bloquantsCe qui empêche d'avancer aujourd'huiZone 4 : actions et responsablesQui fait quoi, pour quelle date
Schéma qualitatif des quatre zones d'un tableau: le regard va du constat, en haut, à la décision, en bas à droite.

Faire du point devant le tableau une habitude

La réussite d'un management visuel se joue entièrement sur la régularité. Le tableau n'a de valeur que s'il sert de base à un pilotage quotidien et à la mise en place d'actions correctrices quand l'écart apparaît. Un point de dix à quinze minutes, debout, à heure fixe, produit davantage qu'une réunion mensuelle d'une heure assise. Les principes qui valent pour la conduite de réunion s'appliquent ici avec encore plus de rigueur, parce que le format est très court.

Le déroulé se tient toujours dans le même ordre, ce qui évite les digressions: on lit les chiffres, on identifie les écarts, on décide d'une action, on nomme un responsable et une date. Ce qui ne se traite pas en trois minutes sort du point et se traite ailleurs. Le dirigeant anime au démarrage, puis passe l'animation à l'équipe: c'est le meilleur signe que le dispositif a pris.

Courbe qualitative montrant lusage dun tableau de management visuel qui monte a la mise en place puis decroche si le rituel nest pas tenuSchéma qualitatif de l'usage d'un tableau au fil du temps: ce sont des appréciations, ce ne sont pas des mesures.Ce qui arrive quand le rituel n'est pas tenuLancementPremier moisSans rituel tenu
Schéma qualitatif de l'usage d'un tableau au fil du temps: ce sont des appréciations, ce ne sont pas des mesures.

Trois signaux indiquent qu'un tableau vit réellement. Les chiffres sont écrits par plusieurs mains différentes. Des actions y sont barrées parce qu'elles ont été faites. Et quelqu'un d'autre que le dirigeant s'inquiète quand la mise à jour n'a pas été faite. Si ces trois signaux manquent au bout d'un mois, le dispositif est décoratif et il faut reprendre le choix des indicateurs plutôt que d'insister.

Des exemples d'indicateurs selon votre métier

La question qui bloque le plus souvent le démarrage est celle du contenu: que met-on concrètement sur le tableau. La réponse dépend du métier, mais elle obéit toujours à la même logique. On cherche l'information que le responsable d'équipe va chercher de toute façon, en la demandant à quelqu'un ou en ouvrant un classeur, et on la place au mur pour que tout le monde l'ait sans la demander. Le gain de temps est immédiat, et c'est souvent lui qui convainc les plus réticents.

ActivitéIndicateurs qui fonctionnent au mur
Bâtiment, électricitéChantiers ouverts et date de fin prévue, matériel manquant, reprises à faire, presque accidents de la semaine
Restauration, traiteurCouverts ou commandes du jour, ruptures constatées, retours clients, préparation des services du lendemain
Commerce de détailRuptures en rayon, commandes fournisseurs en attente, retours et échanges, opérations en cours
Services et professions réglementéesDossiers en cours par étape, pièces manquantes chez le client, échéances de la semaine

Deux principes traversent ces exemples. Le premier: on affiche des états, pas des historiques. Un tableau raconte où l'on en est aujourd'hui, il n'archive pas les mois passés, ce travail relève du tableau de bord de gestion. Le second: on affiche ce qui bloque, pas seulement ce qui avance. Un tableau qui ne montre jamais de difficulté est un tableau que personne n'ose remplir honnêtement, et il ne sert à rien.

Le tableau doit rester flexible et modifiable

Un indicateur qui ne sert à rien dans les faits ne doit pas être produit. Un indicateur trop long à obtenir pour être exploité au bon moment doit être remplacé immédiatement par un modèle plus simple, quitte à perdre en précision. Ce réflexe d'élagage est celui du lean management: on garde ce qui produit de la valeur, on supprime le reste sans état d'âme.

Le management visuel ne doit jamais être figé. Il suit les changements de méthode de travail, l'arrivée d'une nouvelle activité, le départ d'un client important, un pic saisonnier. Ces pratiques sont celles d'une période, elles ne sont pas gravées dans le marbre. Prévoyez une revue du tableau à intervalle régulier, trimestriel par exemple, avec une question unique posée à l'équipe: quel indicateur enlève-t-on, et qu'est-ce qui manque.

Point de vigilance

Un tableau qui affiche des résultats individuels nominatifs se transforme en outil de comparaison entre collègues et se retourne contre l'objectif. Restez sur des indicateurs d'équipe ou de processus. Les sujets individuels se traitent en entretien, pas au mur.

Enfin, un management visuel réussi rend service à la personne qui l'a monté autant qu'à l'équipe. Il donne au dirigeant un langage commun avec ses collaborateurs, un point d'appui pour arbitrer, et une vision de terrain qui ne dépend plus de ce qu'on veut bien lui remonter. C'est à ce titre qu'il complète naturellement les autres outils de management et de gestion des ressources humaines, sans les remplacer.

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