Témoignage d'une entreprise du bâtiment sur le suivi de trésorerie
Ce témoignage vient du dirigeant d'une société du bâtiment située près de Boulogne sur Mer, après une prestation d'accompagnement et de suivi de trésorerie. Il tient en quatre phrases, dont une qui résume tout le sujet de cet article : appeler dès que les premières difficultés apparaissent. Dans le bâtiment, ce moment se repère très tôt, à condition de regarder les bons chiffres.
Un appel passé au bon moment
Une entreprise du bâtiment ne bascule presque jamais du jour au lendemain. Elle glisse. Le carnet de commandes reste correct, les équipes tournent, les chantiers se livrent, et pourtant le compte bancaire se tend chaque fin de mois un peu plus tôt. Le dirigeant paie les salaires, la TVA, les fournisseurs, et repousse les échéances les moins bruyantes. Six mois plus tard, la situation est devenue difficile à retourner alors que l'activité, elle, n'a pas baissé.
C'est la particularité du métier : une entreprise du bâtiment peut être rentable et manquer d'argent en même temps. Le résultat se constate une fois par an, la trésorerie se vit tous les jours. Entre les deux, il y a le décalage entre le moment où l'entreprise dépense et le moment où elle encaisse, et ce décalage est structurel, il ne disparaît pas avec un bon mois.
La mission décrite ici a porté sur ce point précis : remettre à plat les encaissements et les décaissements attendus, semaine par semaine, pour rendre visible ce qui ne l'était pas. Merci à M Lebecq pour ce retour.
Le témoignage de M Lebecq
Voici son commentaire, tel qu'il a été écrit.
Bonne prestation, compétent sérieux. J'ai bénéficié de l'accompagnement de M Crouzat dans le suivi de ma trèsorerie. Je recommande ses compétences et de faire appel à lui et à la société Deffiperf dès que les premières difficultés apparaissent. Un vrai bol d'air et soulagé d'avoir trouver une aide.
M Lebecq, dirigeant d'une société du bâtiment près de Boulogne sur Mer
Dix jours d'écart entre ce que vous encaissez et ce que vous payez
Le chiffre le plus utile du secteur est un écart. Selon les données 2024 de la Banque de France, établies sur 25 681 entreprises de travaux de construction spécialisés, la moitié des entreprises du secteur se situe en dessous d'un délai de règlement clients de 61,4 jours, contre 51,4 jours côté fournisseurs. L'entreprise paie donc ses fournisseurs environ dix jours avant d'être payée par ses clients. Ces dix jours ne sont financés par personne d'autre qu'elle.
Le besoin en fonds de roulement d'exploitation médian s'établit à 25,4 jours de chiffre d'affaires. Autrement dit, une entreprise médiane du secteur immobilise en permanence l'équivalent de vingt cinq jours d'activité en chantiers commencés, factures émises et non payées, et matériaux avancés. Pour une société qui réalise 600 000 € de chiffre d'affaires annuel, cela représente un ordre de grandeur d'environ 42 000 € gelés à tout moment. Ce montant ne se voit dans aucun compte de résultat.
La structure de coûts explique pourquoi la marge de manoeuvre est mince. Toujours selon les données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises du secteur se situe en dessous d'un taux de valeur ajoutée de 39,9 % et d'un taux de marge de 18,7 %, tandis que les charges de personnel absorbent 78,3 % des revenus répartis. La main d'oeuvre est donc le poste dominant, et c'est un poste qui se paie chaque mois, sans attendre que le client valide la situation de travaux. Un chantier qui glisse de trois semaines coûte trois semaines de salaires payés avec la trésorerie de l'entreprise.
Un repère complémentaire situe la conjoncture : dans le bâtiment, les créances clients sont à 71 jours de production, leur plus bas niveau depuis 2016. Le point de comparaison est donc plutôt favorable aujourd'hui, ce qui ne change rien à la mécanique : quand le chiffre d'affaires augmente, le besoin de trésorerie augmente avec lui, et une croissance non financée reste l'un des scénarios les plus dangereux du métier.
Le chantier avance, la trésorerie recule
La chronologie d'un chantier explique tout. L'entreprise commande les matériaux et paie ses équipes dès la première semaine. La situation de travaux part en fin de mois. Le client la vérifie, parfois la conteste, puis la règle dans son propre délai. La retenue de garantie est prélevée au passage. Le solde arrive après la levée des réserves. Entre la première dépense et le dernier encaissement, plusieurs mois s'écoulent, sur lesquels l'entreprise a payé cent pour cent de ses charges.
Point de vigilance Entre entreprises, le plafond de droit commun est de 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le stipule expressément. Toute facture réglée en retard ouvre droit de plein droit, sans rappel, à une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €. Selon l'Observatoire des délais de paiement, dans son rapport 2024 publié le 11 juillet 2025, le retard moyen de paiement atteignait 13,6 jours fin 2024, en hausse d'un jour, pour un coût de trésorerie estimé à environ 15 milliards d'euros pour les PME et les TPE.
Retenue de garantie et garantie de paiement : deux droits peu utilisés
La retenue de garantie est la ressource la plus souvent oubliée d'une entreprise du bâtiment. La loi du 16 juillet 1971 la plafonne à 5 % des paiements. Surtout, elle impose que ces sommes soient consignées entre les mains d'un tiers : le maître d'ouvrage n'a pas le droit de les garder sur son propre compte. Elle est libérée un an après la réception, sauf opposition écrite et motivée, et elle peut être remplacée dès l'origine par une caution personnelle et solidaire, ce qui laisse l'argent dans l'entreprise. Toute clause contraire est nulle.
À retenir Sur un marché de 100 000 €, la retenue de garantie représente 5 000 € immobilisés pendant un an. Remplacée par une caution, cette somme reste disponible pour payer les salaires du chantier suivant. C'est une décision à prendre au moment de la signature, pas au moment du besoin.
Le second droit est la garantie de paiement de l'article 1799-1 du code civil. Dès que le marché atteint 12 000 € HT, le maître d'ouvrage doit garantir le paiement des travaux. Si l'ouvrage est financé par un prêt, l'établissement prêteur ne peut verser les fonds au maître d'ouvrage tant que l'entrepreneur n'est pas intégralement payé ; à défaut, un cautionnement solidaire est exigé. Et si aucune garantie n'est fournie, l'entrepreneur peut suspendre le chantier 15 jours après une mise en demeure restée sans effet. Seule exception, le particulier qui fait construire pour lui même.
Troisième obligation, celle qui ne se négocie pas : l'assurance décennale se souscrit avant l'ouverture du chantier, couvre 10 ans à compter de la réception, et son attestation doit être jointe aux devis et aux factures. Le défaut d'assurance est puni de 6 mois d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende. Une attestation périmée, c'est aussi une candidature écartée et une facture bloquée : le sujet est autant financier que juridique.
Le suivi de trésorerie tel qu'il se conduit
La prestation ne consiste pas à produire un tableau de plus. Elle consiste à donner au dirigeant une vision à treize semaines, actualisée, dans laquelle chaque ligne correspond à un encaissement ou à un décaissement daté et identifié.
Recenser l'existant
Soldes bancaires, échéanciers en cours, dettes fiscales et sociales, encours clients chantier par chantier.
Dater les encaissements réels
Non pas la date de facture, mais la date à laquelle le client paie effectivement, historique à l'appui.
Poser les échéances certaines
Salaires, cotisations, TVA, échéances de prêt, loyers de matériel. Ce sont les seules dates qui ne bougeront pas.
Identifier les points de rupture
Les semaines où le solde passe en dessous de zéro apparaissent des mois à l'avance, ce qui laisse le temps d'agir.
Décider avant la tension
Relance, caution en remplacement de la retenue, étalement négocié, décalage d'un investissement, saisine d'un financeur.
Ce travail s'appuie sur deux autres briques : le suivi des budgets et du prévisionnel, qui donne le cadre annuel, et le suivi commercial et clients, parce qu'une relance faite le lendemain de l'échéance n'a rien à voir avec une relance faite trois semaines après. Quand la situation est déjà installée, la démarche relève du redressement avant le déclin.
Une échéance à inscrire dès maintenant dans ce calendrier : au 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit être en capacité de recevoir des factures électroniques, par une plateforme agréée, sans qu'il existe de solution publique gratuite. L'obligation d'émettre suit au 1er septembre 2027 pour les TPE et les PME. Pour une entreprise de travaux, ce n'est pas qu'un sujet informatique : une facture fournisseur qui n'arrive plus par le canal habituel, c'est un paiement oublié puis une relance agressive.
Un dernier levier reste largement sous employé par les TPE : la médiation du crédit de la Banque de France, gratuite et confidentielle, dont la Banque de France elle même souligne que les dossiers arrivent trop tard. Les chiffres et le mode d'emploi sont détaillés dans notre article sur les résultats de la médiation du crédit. C'est exactement ce que dit ce témoignage : le bon moment pour demander de l'aide, c'est aux premières difficultés.