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Serveur en salle portant deux assiettes, une salade et des toasts garnis

Avis sur le suivi de trésorerie d'un restaurant à Quend (80)

M Ydée et M Wacogne dirigent la SAS L'Ydée de JF, restaurant semi gastronomique de Quend Plage, sur la côte picarde. Deffiperf Gestion les rencontre dans le cadre d'une mission de suivi de trésorerie. Leur avis est reproduit plus bas, sans retouche. Cette page explique ensuite pourquoi la trésorerie d'un restaurant est le sujet de gestion le plus trompeur du secteur, et comment on la met sous contrôle.

Une mission de suivi de trésorerie sur la côte picarde

Un établissement semi gastronomique de bord de mer cumule deux caractéristiques qui compliquent la gestion de trésorerie. La première est le niveau d'exigence de la carte : produits frais, approvisionnement sélectif, brigade formée, ce qui se traduit par des achats fréquents et une masse salariale qui ne se comprime pas sans perte de qualité. La seconde est la dépendance à la fréquentation touristique, avec des périodes où la salle tourne à plein et d'autres où elle attend.

Une mission de suivi de trésorerie n'a rien d'un audit. Il s'agit de savoir, à tout moment, ce qui va entrer, ce qui va sortir, et à quelle date, sur un horizon assez long pour laisser le temps de réagir. La différence entre une difficulté réglée et une difficulté subie tient presque toujours au délai auquel elle a été vue, pas à sa gravité.

Le travail commence par un inventaire, sans jugement : les comptes bancaires et leurs autorisations, les emprunts et leurs échéances, les crédits baux, les échéanciers fiscaux et sociaux en cours, les contrats à reconduction tacite. Beaucoup de dirigeants découvrent à cette occasion des prélèvements dont ils avaient oublié la périodicité, ou une autorisation de découvert dont le coût n'a jamais été comparé à celui d'une ligne de trésorerie négociée.

L'avis de M Ydée et M Wacogne

Voici leur commentaire, publié tel quel.

« Très sérieux et professionnel »

M Ydée et M Wacogne, dirigeants de la SAS L'Ydée de JF à Quend Plage

Merci à vous pour l'accueil et pour la finesse des plats proposés. La suite de cette page porte sur le mécanisme de trésorerie propre à la restauration.

Le mécanisme qui piège les restaurateurs

Selon les données 2024 de la Banque de France, portant sur 8 768 entreprises de la division 56, la moitié des entreprises de la restauration présente un besoin en fonds de roulement d'exploitation inférieur à moins 28,4 jours de chiffre d'affaires. Le signe négatif change la nature de l'indicateur : au lieu de consommer de la trésorerie, l'exploitation en dégage.

L'explication tient à la structure des paiements. Le client règle comptant en fin de repas, les stocks tournent en quelques jours, et les fournisseurs sont réglés à terme. Un restaurant encaisse donc l'argent de ses ventes bien avant de payer les marchandises qui ont servi à les produire. En régime stable, cet écart forme un matelas permanent sur le compte bancaire.

Ce matelas n'est pas un bénéfice. C'est de l'argent qui appartient déjà à des fournisseurs, simplement pas encore exigible. Tant que l'activité se renouvelle, il se reconstitue chaque jour et personne ne s'en aperçoit. Le problème apparaît au retournement.

Ce mécanisme n'a rien d'anormal ni de malsain. C'est la contrepartie logique d'un métier qui vend au comptant, et il explique qu'un restaurant puisse démarrer avec des besoins de financement plus faibles qu'une entreprise de services. Il devient dangereux quand il tient lieu de fonds de roulement : une exploitation qui n'a jamais constitué de réserve propre repose entièrement sur le renouvellement de son activité, et ne dispose d'aucun amortisseur le jour où celle ci se contracte.

Schema du retournement : une baisse d activite fait chuter les encaissements immediatement alors que les dettes fournisseurs anterieures restent dues, ce qui creuse un trou de tresorerieSchéma qualitatif du mécanisme, sans donnée chiffrée : le besoin en fonds de roulement négatif se retourne en besoin de financement.Ce qui se passe quand l'activité reculeL'activitéreculeLes encaissementsbaissent le jour mêmeLes dettes fournisseursantérieures restent duesTrou detrésorerie
Schéma qualitatif du mécanisme, sans donnée chiffrée : le besoin en fonds de roulement négatif se retourne en besoin de financement.

Quand l'activité recule, pour cause de saison, de travaux dans la rue, de météo ou de simple perte de clientèle, les encaissements baissent le jour même. Les dettes fournisseurs, elles, correspondent aux achats des semaines précédentes et restent intégralement dues. L'entreprise doit alors payer le passé avec le présent. Un solde bancaire qui paraissait confortable se vide en quelques semaines, sans qu'aucune dépense nouvelle n'ait été engagée.

Point de vigilance Un besoin en fonds de roulement négatif est une ressource de trésorerie, pas un confort durable. Le solde disponible sur le compte n'est pas une réserve : c'est en grande partie une dette à échéance. La seule façon de savoir ce qui vous appartient réellement est de rapprocher le solde bancaire de l'échéancier fournisseur, social et fiscal des soixante prochains jours.

Construire un plan de trésorerie glissant

Le plan de trésorerie est l'outil qui répond à cette question. Il ne demande ni logiciel coûteux ni compétence comptable avancée. Il demande une mise à jour régulière et de l'honnêteté sur les hypothèses.

  1. Partir du solde réel

    Le solde bancaire du jour, tous comptes confondus, en incluant les encours de carte non débités. C'est le seul point de départ qui ne se discute pas.

  2. Poser les sorties certaines

    Salaires et charges sociales, loyer, emprunts, crédits baux, assurances, énergie, TVA et échéances fiscales. Ces lignes sont connues à la date près, souvent sur plusieurs mois.

  3. Ajouter l'échéancier fournisseur

    Facture par facture, à sa date d'exigibilité réelle. C'est l'étape que l'on saute le plus souvent, et c'est celle qui fait toute la différence dans ce secteur.

  4. Estimer les entrées, sans optimisme

    Le chiffre d'affaires attendu par semaine, construit sur votre saisonnalité passée et non sur un objectif. Une prévision d'encaissement trop haute rend le plan inutile.

  5. Faire glisser chaque semaine

    On avance d'une semaine, on remplace la prévision par le réalisé, on reconduit l'horizon. Un plan figé devient faux en un mois, un plan glissant reste juste.

Cette construction rejoint le suivi des budgets et de vos prévisionnels : le prévisionnel donne la trajectoire de l'année, le plan de trésorerie donne le chemin semaine par semaine. Les deux se lisent ensemble, l'écart entre le prévu et le réalisé étant précisément l'information utile.

Les délais que vous subissez, ceux que vous imposez

Un restaurant est presque toujours débiteur vis à vis de ses fournisseurs, et créancier à peu près de rien vis à vis de ses clients particuliers. Connaître le cadre légal reste utile, car c'est lui qui borne la négociation avec les fournisseurs et qui s'applique lorsque l'établissement facture un séminaire, un groupe ou un comité d'entreprise.

Trois reperes legaux de delai de paiement entre entreprises : 30 jours a defaut d accord, 45 jours fin de mois par derogation stipulee au contrat, 60 jours au maximum en droit communRepères légaux applicables aux transactions entre professionnels. Le plafond de 60 jours court à compter de l'émission de la facture.Délais de paiement entre entreprises, en jours304560À défaut d'accordFin de mois, si stipuléPlafond de droit commun
Repères légaux applicables aux transactions entre professionnels. Le plafond de 60 jours court à compter de l'émission de la facture.

À défaut d'accord, le délai est de 30 jours après réception des marchandises. Le plafond de droit commun est de 60 jours à compter de l'émission de la facture, et un délai de 45 jours fin de mois n'est admis que s'il est expressément stipulé au contrat. Le non respect de ces plafonds expose à des sanctions administratives de la DGCCRF pouvant atteindre 75 000 euros pour une personne physique et 2 000 000 euros pour une personne morale, montants doublés en cas de réitération dans les deux ans, avec publication systématique de la sanction.

Pour un restaurateur, l'enjeu pratique est ailleurs : allonger un délai fournisseur soulage la trésorerie à court terme et augmente mécaniquement la dette à payer plus tard. C'est un levier à utiliser en connaissance de cause, dans un plan, jamais comme réponse d'urgence répétée.

Un point pratique passe souvent inaperçu : le délai court à compter de l'émission de la facture, pas de sa réception ni de son enregistrement en comptabilité. Une facture fournisseur qui traîne trois semaines dans un classeur avant d'être saisie n'a pas allongé le délai de paiement pour autant. Elle a seulement raccourci le temps disponible pour la contrôler, la contester le cas échéant, et la provisionner dans le plan.

Voir venir, et demander tôt

Le principal apport d'un suivi de trésorerie régulier n'est pas de produire un tableau. C'est de déplacer le moment où l'on voit arriver une difficulté. Un découvert constaté le 28 du mois ne laisse aucune marge de négociation. Le même découvert anticipé six semaines plus tôt ouvre plusieurs options : étalement d'une échéance, décalage d'un investissement, ligne de trésorerie, mobilisation de créances, révision d'une carte ou d'une amplitude d'ouverture.

Encore faut il que la difficulté soit formulée en chiffres. Un banquier, un fournisseur ou un organisme social ne répond pas à une inquiétude, il répond à une demande datée et chiffrée : tel montant, sur telle durée, remboursé selon tel calendrier, sur la base de telles prévisions d'encaissement. Le plan de trésorerie sert exactement à cela. Il transforme un problème en dossier, et un dossier se négocie.

La médiation du crédit aux entreprises, portée par la Banque de France, reste active en 2026. Le service est gratuit et confidentiel, la saisine se fait en ligne, avec une assistance téléphonique au 3414. Le médiateur vérifie l'éligibilité sous 48 heures, les banques disposent de 5 jours ouvrés pour revoir leur position, et les concours existants sont maintenus pendant la médiation. En 2025, 1 034 dossiers ont été jugés éligibles, avec un taux de succès de 64 % et 5 113 emplois préservés dans 554 entreprises. 83 % des dossiers émanent de TPE de moins de 11 salariés.

Le message de la Banque de France est cependant sans ambiguïté : le taux d'éligibilité est tombé à 43 % contre 64 % en 2019, et 22 % des rejets tiennent à une situation déjà trop dégradée, contre 13 % en 2022. La saisine trop tardive est devenue le premier motif d'échec. Le sujet est détaillé dans notre article sur les résultats chiffrés de la médiation du crédit.

À retenir Un suivi de trésorerie se juge sur son horizon, pas sur sa finesse. Mieux vaut une prévision approximative à douze semaines qu'un tableau parfait à huit jours. C'est la logique du contrôle de gestion appliquée à une TPE : peu d'indicateurs, tenus dans la durée, lus assez tôt pour servir à décider.

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