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Marteau, pince coupante et tournevis posés sur l'établi d'un artisan du bâtiment

Témoignage d'un artisan d'Aix Noulette sur Deffiperf Gestion

Ce témoignage est le premier publié sur ce blog. Il vient d'un artisan d'Aix Noulette, dans le Pas de Calais, accompagné dans le redressement de sa société alors qu'elle était en difficulté financière. Autour de ce message, voici ce qui fragilise concrètement une entreprise artisanale du bâtiment, et les leviers que beaucoup de dirigeants n'actionnent jamais faute de savoir qu'ils existent.

Une société artisanale en difficulté financière

La difficulté financière d'un artisan ressemble rarement à ce que l'on imagine. Il n'y a pas d'effondrement du carnet de commandes. Il y a des chantiers en cours, des clients satisfaits, des devis signés, et en parallèle un compte qui ne remonte plus, des échéances repoussées, des fournisseurs qui passent en paiement comptant et une charge mentale qui prend le pas sur le métier. Le dirigeant continue de produire, il arrête simplement de piloter.

Ce qui se joue alors n'est pas seulement comptable. Un chef d'entreprise seul face à ses échéances perd la lisibilité de sa propre situation : il ne sait plus quel chantier gagne de l'argent, ni de combien il a besoin la semaine prochaine, ni ce qu'il peut négocier. Remettre de l'ordre dans les chiffres a un effet immédiat sur la capacité à décider, et c'est souvent par là que le redressement commence.

La mission relevait d'une démarche de redressement avant le déclin : agir tant que l'entreprise dispose encore de marges de manoeuvre, plutôt que de subir un calendrier imposé par les créanciers.

Le message de M Jacky Van Meir

M Jacky Van Meir a souhaité recommander cette intervention et apporter son témoignage. Le voici, tel qu'il l'a écrit.

« J'ai bénéficié du suivi, de l'implication de M Crouzat dans le redressement de ma société qui était en difficulté financière.

Avec la complicité de M Crouzat, j'ai retrouvé la motivation pour pérenniser ma société »

M Jacky Van Meir, artisan à Aix Noulette, JVM Services

Mr Van Meir de JVM Services

Merci à vous, c'est un réel plaisir de travailler avec vous et pour votre société. C'est un plaisir, en effet, que d'y voir des résultats concrets et de travailler avec un chef d'entreprise impliqué, déterminé. Par conséquent, tout cela contribue à la satisfaction de vos clients et vous permet d'avoir des perspectives commerciales intéressantes pour la suite.

Ce qui met une entreprise artisanale en difficulté

Le premier facteur n'est ni le prix ni la concurrence, c'est le décalage de trésorerie. Selon les données 2024 de la Banque de France, portant sur 25 681 entreprises de travaux de construction spécialisés, la moitié d'entre elles se situe en dessous d'un délai de règlement clients de 61,4 jours, contre 51,4 jours côté fournisseurs. Dix jours d'écart, financés par l'entreprise. Le besoin en fonds de roulement d'exploitation médian représente 25,4 jours de chiffre d'affaires : l'équivalent de près d'un mois d'activité immobilisé en permanence dans les chantiers en cours et les factures en attente.

Le deuxième facteur est la structure de charges. Toujours selon les mêmes données 2024 de la Banque de France, la moitié des entreprises du secteur se situe en dessous d'un taux de valeur ajoutée de 39,9 % et d'un taux de marge de 18,7 %, les charges de personnel absorbant 78,3 % des revenus répartis. La main d'oeuvre est le poste dominant et le seul qui se paie à date fixe, quoi qu'il arrive. Un chantier décalé de trois semaines, c'est trois semaines de salaires sortis sans la recette correspondante.

Le troisième facteur est l'isolement du dirigeant artisan, qui cumule la production, le chiffrage, les achats, la relance client et la paie. Sur les défaillances, un repère utile pour situer le secteur : la Banque de France recense 70 803 défaillances cumulées sur douze mois à fin juin 2026, avec une construction en recul de 1,6 % en glissement annuel, quand l'agriculture progresse de 16,5 % et le conseil aux entreprises de 10,1 %. Le bâtiment n'est donc pas le secteur le plus exposé aujourd'hui, ce qui ne console pas l'entreprise concernée.

Un dernier repère complète le tableau : dans le bâtiment, les créances clients représentent 71 jours de production, leur plus bas niveau depuis 2016. La situation d'ensemble s'est donc améliorée, mais la mécanique reste la même pour chaque entreprise prise isolément. Plus le chiffre d'affaires monte, plus le besoin de financement monte avec lui. Une entreprise artisanale qui double son activité sans plan de trésorerie se met en danger exactement au moment où tout semble bien aller, parce qu'elle avance deux fois plus de matériaux et deux fois plus d'heures avant d'encaisser.

Les 5 % qui dorment chez le maître d'ouvrage

La retenue de garantie est l'argent de l'entreprise, pas celui du client. La loi du 16 juillet 1971 la plafonne à 5 % des paiements et impose que ces sommes soient consignées entre les mains d'un tiers : le maître d'ouvrage n'a pas le droit de les conserver sur son propre compte. Elle est libérée un an après la réception, sauf opposition écrite et motivée du maître d'ouvrage. Enfin, elle peut être remplacée dès la signature par une caution personnelle et solidaire, ce qui laisse la totalité du paiement dans l'entreprise. Toute clause contraire est nulle.

Schema de la retenue de garantie, cinq pour cent des paiements consignes chez un tiers et liberes un an apres la receptionLe circuit de la retenue de garantie, du prélèvement sur la situation de travaux jusqu'à sa libération un an après la réception.Anatomie d'une retenue de garantieSituationde travauxmontant totalPayé à l'entreprise95 % des paiementsRetenue de garantie5 % au maximumconsignée chez un tiersLibérée un anaprès la réceptionsauf opposition motivéeRemplaçable dès la signature par une caution personnelle et solidaire : les 5 % restent alors dans l'entrepriseLoi du 16 juillet 1971, toute clause contraire est nulle
Le circuit de la retenue de garantie, du prélèvement sur la situation de travaux jusqu'à sa libération un an après la réception.

À retenir Sur 200 000 € de travaux réalisés dans l'année, la retenue de garantie immobilise 10 000 € pendant douze mois. Une entreprise qui négocie une caution à la place récupère cette somme immédiatement. La décision se prend à la signature du marché, quand la discussion est encore ouverte.

Les leviers à actionner avant que la situation se referme

La garantie de paiement de l'article 1799-1 du code civil est due dès 12 000 € HT de marché. Le maître d'ouvrage doit garantir le paiement des travaux ; si l'ouvrage est financé par un prêt, l'établissement ne peut lui verser les fonds tant que l'entrepreneur n'est pas intégralement payé, sinon un cautionnement solidaire s'impose. À défaut de garantie, l'entrepreneur peut suspendre le chantier 15 jours après une mise en demeure restée sans effet. Seul le particulier qui construit pour lui même échappe à cette obligation.

Sur les factures impayées, l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € est due de plein droit, par facture en retard et sans rappel préalable, en plus des pénalités de retard. Le plafond de droit commun entre entreprises reste de 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois lorsque le contrat le stipule expressément. Selon l'Observatoire des délais de paiement, dans son rapport 2024 publié le 11 juillet 2025, le retard moyen atteignait 13,6 jours fin 2024.

Point de vigilance L'assurance décennale se souscrit avant l'ouverture du chantier, couvre 10 ans à compter de la réception, et son attestation doit être jointe aux devis et aux factures. Le défaut d'assurance expose à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Une entreprise en tension qui laisse filer une échéance d'assurance ajoute un risque pénal à un problème de trésorerie.

Dernier levier, souvent découvert trop tard : la médiation du crédit aux entreprises, portée par la Banque de France, gratuite et confidentielle. Elle traite les refus de crédit, les dénonciations de découvert, les réductions de garanties d'assureur crédit. En 2025, 1 034 dossiers ont été jugés éligibles, avec un taux de succès de 64 % et 83 % des dossiers émanant de TPE de moins de 11 salariés. La Banque de France insiste sur un point précis : les dossiers arrivent trop tard, 22 % des rejets tenant à une situation déjà trop dégradée. Le détail figure dans notre article sur les résultats de la médiation du crédit.

Ce que Deffiperf met en place dans ce type de mission

Un redressement d'entreprise artisanale ne se joue pas sur une idée nouvelle, il se joue sur trois ou quatre décisions prises dans le bon ordre et tenues dans la durée.

  • Rendre la trésorerie visible

    Un plan glissant à treize semaines, alimenté par les dates réelles de paiement des clients et par les échéances certaines.

  • Savoir quel chantier gagne

    Le rapprochement entre heures vendues et heures réellement passées, affaire par affaire, plutôt qu'une marge globale de fin d'année.

  • Reprendre la main sur les charges

    Achats, location de matériel, assurances, abonnements : les postes se renégocient d'autant mieux que l'entreprise arrive avec des chiffres.

La mesure du succès n'est pas le retour à un résultat positif sur un exercice, elle est la capacité du dirigeant à répondre sans hésiter à trois questions : combien j'ai sur le compte dans six semaines, quel chantier me rapporte réellement, et quelle échéance je dois traiter en priorité. Tant que ces trois réponses sont disponibles, une entreprise en difficulté conserve des choix.

Ces trois chantiers s'appuient sur des prestations distinctes : la gestion de trésorerie pour la visibilité à court terme, et la maîtrise des coûts pour reconstituer de la marge sans toucher au prix de vente. À cela s'ajoute une échéance que toute entreprise du bâtiment doit inscrire à son calendrier : au 1er septembre 2026, il faut être en capacité de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée, l'obligation d'émettre suivant au 1er septembre 2027 pour les TPE et les PME.

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